CV de Boss : Myriam, fondatrice d’Enyo Women’s Fightwear, entrepreneure et sportive de haut niveau 

Rencontre avec Myriam, fondatrice de la marque Enyo Women’s Fightwear. À 30 ans, elle jongle entre sa carrière sportive en MMA et son entreprise, offrant une ligne de vêtements de combat adaptés aux femmes, après des années de galère avec des tenues inadaptées aux corps féminins. 

Qu’est-ce que tu rêvais d’être quand tu étais petite ?

Je rêvais d’être vétérinaire. J’aime les animaux. Mais je n’avais pas envie de voir souffrir les animaux. Et puis, la vie en a décidé autrement.

Comment es-tu arrivée au MMA ?

C’est arrivé par hasard et en même temps, pas tellement. Je voulais faire de la boxe au lycée, mais ma mère ne voulait pas, parce qu’elle craignait que je me prenne des coups. Quand j’ai intégré mon école de commerce, j’ai voulu tester un sport de combat, le jiu-jitsu brésilien. C’est un sport uniquement au sol, où on ne frappe pas. Je cherchais une section féminine, car les cours mixtes étaient majoritairement fréquentés par des hommes. Et il n’y avait qu’une section féminine en MMA.

C’est quoi Enyo ?

Enyo est une marque de vêtements de combat pour femmes. L’idée, c’est de créer des vêtements féminins, adaptés aux corps des femmes et qui soient techniques. Typiquement, les shorts sont souvent très taille basse, très larges à la taille et trop serrés aux fesses et aux hanches. Même dans des collections féminines, on voit souvent que ce sont juste des vêtements d’hommes faits en plus petit. Quand j’ai commencé le sport de combat, je cherchais des équipements et je n’en trouvais pas. C’est comme ça que m’est venue l’idée d’Enyo.

Est-ce que tu avais envie de te lancer dans l’entrepreneuriat avant de commencer Enyo ou est-ce le projet qui t’a poussée à sauter le pas ?

Ce n’est pas quelque chose qui était inné ou dans mon monde. Je ne connaissais pas d’entrepreneurs autour de moi, ma mère était fonctionnaire. Par contre, j’ai toujours eu besoin de liberté. J’ai du mal avec la contrainte. Je suis disciplinée, parce que je m’entraîne six jours par semaine, mais j’ai du mal à accepter d’aller au bureau cinq jours par semaine. Et puis, j’ai besoin d’avoir du sens dans mon travail.

À quoi ressemble une de tes journées ?

Ce qui rythme mes journées, ce sont les entraînements. Je me lève à 6h30 et je file à la salle pour une heure de préparation physique. Le soir, je m’entraîne en MMA, en général pendant deux heures, et je rentre chez moi vers 22h. Ce gros volume, c’est parce que j’ai deux projets en même temps : ma carrière sportive et le projet entrepreneurial. Mais ça y est, j’ai pris le rythme.

Quand tu t’es lancée, quelle était ta plus grande peur ?

Quand je me suis lancée, l’excitation du début prenait le pas sur les peurs. Mais en y repensant, la plus grande peur était de quitter le chemin classique pour lequel j’avais travaillé pendant des années. Maintenant, c’est surtout l’argent qui me fait peur. J’arrive à un stade où il faut que je me dégage un salaire, parce que ça fait un an que je travaille sur le projet. Et puis, je vais commencer à expédier les commandes, et j’ai peur que les clientes soient déçues. Il faut croire jusqu’au bout !

Quel a été le plus gros challenge que tu as rencontré dans la création d’Enyo ?

Des challenges, il y en a tellement ! Mais je dirais deux choses : le fait d’être seule et de ne pas avoir d’expérience professionnelle dans le domaine. J’aimerais m’associer pour avoir quelqu’un avec qui partager les décisions. Comme c’est un projet passion, parfois je manque de recul. J’ai appris à m’entourer, car au début, pas du tout, et en fait, c’est nécessaire. Entrer dans une nouvelle industrie est compliqué, car on doit prendre des décisions sans avoir de repères.

Y a-t-il un défi qui te faisait peur mais qui finalement s’est bien passé ?

Le démarchage commercial. Avant, c’était vraiment quelque chose que je redoutais. Maintenant, je le prends comme une discussion, et si ça ne les intéresse pas, tant pis. Prendre des crédits à la banque me faisait aussi peur, avec tout ce que cela implique. Mais j’ai appris à gérer cette peur.

Peux-tu nous raconter une erreur que tu as faite en créant Enyo ?

Il y en a eu beaucoup. Je me note toutes mes erreurs pour les analyser. Par exemple, je ne vais pas oser relancer les gens, car j’ai peur de déranger. Ça vient de mon éducation : on m’a appris à ne pas faire de vagues. Mais en entrepreneuriat, il faut y aller au culot. Une autre erreur a été de ne pas confronter mes prototypes au marché plus tôt. J’ai été trop perfectionniste.

Quelle a été ta meilleure surprise ?

L’engouement autour de la marque et du projet. Il y a vraiment une bienveillance autour de ce que je fais. Maintenant, j’ai des gens qui me suivent et me proposent des coups de main, alors qu’il y a un an, j’étais une inconnue pour eux.

Quel est ton rêve pour Enyo ?

Que ce soit la marque de fightwear féminine en France et même ailleurs. Que ce soit un réflexe pour les femmes qui se lancent dans ces sports. J’aimerais avoir une équipe et être plus sereine sur le développement de l’entreprise. Et peut-être un jour, me lancer dans d’autres sports comme le football, le rugby ou même la Formule 1.

Un dernier conseil pour une femme qui veut se lancer dans l’entrepreneuriat ?

S’entourer et ne pas rester seule. Il y a plein de structures d’accompagnement pour les entrepreneurs, donc il faut chercher. Et il faut oser demander de l’aide.

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