Rencontre avec Clémence de Magalhaes, la fondatrice d’Asymetrio

Octobre rose oblige, notre poitrine est au cœur de toutes les conversations. D’ailleurs, n’oubliez pas de vous autopalper ! À cette occasion, nous avons également rencontré Clémence, la fondatrice d’Asymetrio, une marque de lingerie féminine spécialisée dans les poitrines asymétriques. En ce moment, Clémence développe une brassière post-opératoire pour les personnes atteintes d’un cancer du sein. On est fans de cette entrepreneuse engagée qui remet les seins au centre de la conversation. 

Quelle est l’idée de départ d’Asymetrio ? 

J’ai créé cette marque de lingerie sur mesure parce que je suis moi-même la première cliente. J’ai une poitrine asymétrique : je fais un bonnet C à droite et un bonnet E à gauche. Très jeune, j’ai découvert que c’était presque impossible de trouver un soutien-gorge qui m’allait correctement. J’avais toujours le choix entre un bonnet trop petit ou trop grand, et j’ai fini par porter pendant des années des soutiens-gorge qui ne me convenaient pas. Cela m’a causé des problèmes de santé, comme un nodule au sein à cause de la compression de la baleine métallique. Le médecin m’a recommandé d’arrêter les armatures, mais aucun modèle sans armature ne me convenait.

À 23 ans, j’ai décidé d’abandonner les soutiens-gorge traditionnels et, lorsque le nodule a fini par disparaître, j’ai eu envie de retenter l’expérience de la lingerie. C’est à ce moment-là que j’ai décidé de coudre mes propres modèles. Je me suis dit : pourquoi investir 90 euros dans un produit qui ne me convient pas ? J’ai toujours aimé coudre, alors j’ai commencé à créer mes propres soutiens-gorge. Ce n’était pas facile au début, mais c’était incroyablement gratifiant de pouvoir enfin porter un modèle qui m’allait parfaitement.

Quand as-tu compris qu’il ne s’agissait pas seulement d’un problème personnel, mais que d’autres femmes pouvaient en bénéficier ?

J’ai vite compris que je n’étais pas la seule. Quand j’ai commencé à en parler à mes amies, j’ai découvert que beaucoup de femmes avaient des poitrines asymétriques, même légèrement. Par exemple, une de mes amies qui a eu un enfant m’a raconté que sa poitrine avait complètement changé après la grossesse, tandis qu’une autre, qui a fait du rugby, a un tour de buste très large avec un bonnet A. On s’est toutes retrouvées avec le même problème : aucune d’entre nous ne connaissait réellement sa taille de soutien-gorge, et personne ne nous avait jamais appris à la mesurer correctement. C’est là que j’ai décidé de coudre pour d’autres femmes et non plus seulement pour moi.

Aujourd’hui, est-ce que tu fabriques encore tous les soutiens-gorge toi-même ?

J’ai récemment délégué la production à un atelier situé à Cholet, où cinq femmes s’occupent de la fabrication. J’ai créé un système de personnalisation sur mon site qui permet aux clientes de choisir leur tour de buste et leurs bonnets gauche et droit, ce qui donne 441 tailles possibles. Cela permet de répondre aussi bien aux besoins des femmes asymétriques que symétriques. J’ai même mis en place un simulateur de taille en ligne pour démocratiser l’accès aux soutiens-gorge sur mesure sans que cela soit synonyme de luxe inabordable.

As-tu déjà travaillé avec des femmes qui ont subi un cancer du sein ?

J’ai rencontré plusieurs femmes qui avaient besoin de soutiens-gorge post-opératoires. Au dernier salon auquel j’ai participé par exemple, sur les 80 femmes qui ont essayé mes modèles, environ 60 % avaient une poitrine asymétrique, et 8 avaient subi un cancer du sein. Le besoin est tellement évident, que c’est pour cela que nous avons décidé de développer une brassière post-opératoire, qui soit jolie et qui réponde aux besoins des patientes.

Quel a été le plus grand défi dans le développement d’Asymetrio ?

C : Le plus gros défi, c’était clairement la production. Quand on démarre, on a envie de tout faire soi-même, mais rapidement, j’ai compris que ce n’était pas possible. Déléguer a été difficile, surtout parce qu’en France, les ateliers exigent souvent des minimums de commandes de 1000 pièces, ce qui n’était pas du tout compatible avec mon modèle de fabrication à la demande. Je ne voulais pas tomber dans la surproduction, c’est pourquoi j’ai opté pour un atelier à taille humaine. De plus, il m’a fallu trouver des fournisseurs européens pour les matériaux, car la dentelle française est magnifique, mais coûteuse.

Et ta plus grande fierté jusqu’à présent ?

Je dirais que c’est d’avoir réussi à tout structurer. J’ai commencé dans mon petit atelier, et aujourd’hui, j’ai un réseau de fournisseurs et un atelier de production en place. Ça a demandé beaucoup d’audace et de persévérance, mais je suis fière de voir que ça porte ses fruits. 

Si tu devais donner un conseil à une femme qui souhaite lancer son entreprise, que dirais-tu ?

Garde toujours l’énergie et la passion des débuts. Au départ, on pense pouvoir tout gérer seule, mais rapidement, on se rend compte qu’il faut bien s’entourer pour ne pas se laisser submerger. Il ne faut pas avoir peur de déléguer et de s’appuyer sur un réseau, en particulier d’autres entrepreneuses. C’est ce que j’ai fait avec la Patronerie, un espace de coworking féminin où l’on se soutient mutuellement. Dans l’entrepreneuriat, il y a des hauts et des bas, mais tant que tu gardes à l’esprit pourquoi tu as créé ton entreprise et que tu restes fidèle à ta vision, tu trouveras toujours la motivation nécessaire. C’est ça qui te fera avancer chaque jour.

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