C’est au festival UNIQUES que C’est Qui La Boss ? a posé ses valises pour aller à la rencontre de Career Kueen. Un événement qui prône l’égalité des chances et donne de la voix à celles et ceux qu’on n’attend pas forcément sur scène, exactement l’ADN qu’on aime défendre chez C’est Qui La Boss ?. Et pour en parler, difficile de trouver meilleure invitée que Career Kueen : ancienne RH devenue créatrice de contenu suivie par une large communauté sur TikTok, elle y parle carrière, reconversion, confiance en soi… et forcément, du fameux sujet du diplôme. Expatriée depuis plus de trente ans, elle a construit sa carrière loin des sentiers battus et n’a plus peur de dire tout haut ce que beaucoup pensent tout bas !
« Les gens ne me demandent pas si le diplôme est important. Ils sont persuadés que sans ça, ils ne peuvent rien faire » – Carrer Kueen
Sur TikTok, le sujet du diplôme revient très régulièrement dans les messages que reçoit Career Kueen. Mais ce qui la frappe, ce n’est pas le doute, c’est la certitude inverse.
« Les gens ne me demandent pas si c’est important. Ils sont persuadés que sans ça, ils ne peuvent rien faire. »
Une croyance qu’elle a à cœur de déconstruire.
« J’insiste beaucoup sur le fait qu’il y a plusieurs chemins, il y a plusieurs façons d’y arriver. »
Elle reste honnête sur les nuances : pour les métiers réglementés (médecine, droit…) le diplôme reste un passage obligatoire. Mais même là, ça bouge.
« Maintenant, il y a énormément de passerelles pour passer à d’autres métiers«
Elle cite l’exemple de parcours courts qui permettent aujourd’hui de rejoindre des filières longues, ou encore la coiffure, un métier où les reconversions sont désormais possibles.
Le piège du « tout le monde à Bac+5 »
Ancienne RH, Career Kueen a un regard sans complaisance sur l’inflation des diplômes exigés par les entreprises.
« Si tu prends des métiers qui ne sont pas réglementés — la com, le marketing, la relation client — il y a plein de métiers aujourd’hui où tu peux avoir appris dans un projet, dans une expérience professionnelle, sans passer par la case formation longue. »
Résultat : en exigeant systématiquement un Bac+5, les entreprises se coupent d’un vivier entier de candidats bien plus compétents qu’on ne le pense.
Et elle n’y va pas par quatre chemins sur les conséquences.
« Maintenant on a des Bac+5 qui sont au SMIC et qui ne savent pas concrètement ce qu’ils savent résoudre comme problème. »
Un vrai coup de gueule qui résume bien son franc-parler.
Le diplôme, un tremplin… mais aussi parfois un plafond de verre
Le diplôme peut ouvrir des portes, en particulier pour les personnes issues de milieux moins favorisés : il donne confiance, un réseau, un premier accès à l’emploi. Mais il peut aussi devenir un frein.
« C’est parfois un plafond, parce que ça te maintient dans la croyance que si tu n’es pas passé par un cycle long, tu ne peux pas prétendre. »
Un constat qu’elle relie à son propre vécu : première de sa famille à faire des études, elle se souvient d’avoir manqué « les codes » que d’autres, issus de milieux plus favorisés, maîtrisent sans effort.
Elle pointe aussi ce qu’elle appelle « le corporatisme des écoles » : ce réflexe, très présent chez les Français expatriés notamment, de recruter en priorité des personnes issues de la même école qu’eux.
« C’est ni bien ni mauvais, mais quelque part, ça contribue à limiter les ouvertures pour les autres. »
La diversité des profils, une vraie force pour résoudre les problèmes d’aujourd’hui
Pour Career Kueen, l’enjeu va bien au-delà du parcours individuel : c’est un enjeu collectif, pour les boîtes elles-mêmes.
« Aujourd’hui, on a besoin de gens qui résolvent des problèmes. Donc c’est au-delà du titre du diplôme. »
Sa conviction : la diversité des parcours permet de mieux affronter des problématiques inédites, que les formations classiques n’ont pas anticipées.
« Plus t’as un peu de diversité… ils s’apportent plus sur un même type de problème qu’ils connaissent tous, mais qu’ils vont résoudre de façon différente. »
Apprendre, oui. Diplôme, pas obligatoirement.
S’il fallait retenir une phrase de Career Kueen, ce serait celle-ci :
« Arrêtez de confondre apprendre et diplôme. »
Pour elle, le diplôme classique — long, homologué — reste utile comme point de départ, pour prendre confiance et poser des fondamentaux. Mais ce n’est plus la seule voie d’accès à la compétence.
« Tout ce qui est connaissance, formation, ça s’est commodité. C’est accessible à tout le monde, ce n’est plus ça la valeur. La valeur, c’est la pédagogie, c’est comment tu l’appliques à un problème concrètement.«
TikTok, YouTube, les MOOC : autant de ressources aujourd’hui accessibles à toutes et tous pour apprendre en continu, peu importe son âge ou son parcours de départ.
« Ce dont t’as besoin aujourd’hui, c’est d’une expérience qui montre que t’as appliqué. »
L’exemple qui inspire : du lavage de vitres à l’entreprise qui cartonne
Pour illustrer son propos, Career Kueen raconte l’histoire d’un jeune homme sans le bac, sorti de prison, qui s’est mis à laver les vitres de ses voisins. En réalisant qu’un grand nombre de personnes âgées ne pouvaient pas le faire elles-mêmes, il a fini par monter sa propre entreprise.
« Il travaille 4 jours par semaine, il a son agenda plein un an et demi à l’avance, il tourne autour de 5 000 euros nets par mois. »
Il a appris la compta seul, en marchant. Une trajectoire qui résume tout, selon elle :
« En fait, c’est résoudre des problèmes. »
Le conseil de Career Kueen
Son message est clair : n’attendez pas d’avoir « la formation parfaite » pour vous lancer. Formez-vous en marchant, mélangez vos compétences, et surtout construisez-vous un parcours qui vous ressemble, plutôt qu’un cursus standardisé qu’on vous impose.
« C’est comme ça qu’on arrive à faire un parcours avec ta propre couleur. »