CV de Boss : Lara Rouyrès, fondatrice d’Elsee Care

Lara Rouyrès est une star de la tech française. Multi-entrepreneuse, elle a créé et revendu Dealissime et Selectionnist, elle a été membre du conseil d’administration de France Digitale et de la French Tech Île-de-France. Bref, Lara est une référence. Et dans sa nouvelle aventure avec Elsee Care, elle a décidé de s’attaquer à un sujet qui nous mobilise toutes : la santé des femmes. Rencontre avec une boss qui a l’habitude de déplacer des montagnes.

À quoi ressemblait ta vie avant de lancer Elsee Care ?
Pas si différente de celle d’aujourd’hui finalement, car j’étais déjà entrepreneure avec une vie professionnelle (très) intense. J’avais aussi la casquette de présidente de French Tech Île-de-France, tout en étant maman.

Y a-t-il une expérience de vie qui t’a particulièrement influencée pour lancer Elsee Care ?
J’ai toujours eu cet esprit entrepreneurial, j’ai toujours voulu résoudre des problèmes. Masi il y a eu plusieurs déclics pour lancer Elsee Care. D’abord, une conversation avec des assureurs qui m’a permis de détecter un véritable manque sur le marché de l’assurance, en ce qui concerne les besoins des femmes. C’est à ce moment là que la première graine a commencé à germer. Et puis, j’ai confronté cette idée au quotidien des femmes autour de moi. On était beaucoup à devoir couvrir des frais de santé considérés comme annexes pour résoudre nos problèmes de santé quotidien – comme l’endométriose ou l’infertilité.
D’ailleurs, cela a résonné avec une expérience personnelle : lors de ma dernière grossesses, mon bébé était en siège – il n’était pas bien positionné pour l’accouchement -, et j’ai dû payer plus de 1 000 € de soins et d’intervention pour essayer de le faire se retourner. Non seulement c’est douloureux, mais c’est un gouffre financier en plus ! Pour les femmes atteintes de maladies chroniques ou confrontées à des problèmes de fertilité, c’est une lutte constante. Ce problème, que j’ai vécu, est le quotidien de beaucoup de femmes.

C’est pour ça qu’on a créé Elsee Care. Elsee Care est là pour rembourser tout ce qui n’est pas couvert par la Sécurité sociale ou les mutuelles : le sport, les produits d’hygiène intime, les produits féminins, ainsi que des programmes spécifiques pour répondre aux enjeux de santé féminine. Nous ne remboursons pas le médical, mais tout ce qui tourne autour, et c’est souvent essentiel.

As-tu eu des doutes lors du lancement ? Ou des obstacles auxquels tu ne t’attendais pas ? Et comment les as-tu surmontés ?
L’un des défis majeurs a été d’expliquer aux femmes notre modèle – et c’est toujours un enjeu en fait ! C’est très attractif, mais cela implique d’avancer de l’argent pour ensuite être remboursée. Faire passer ce message à grande échelle, notamment en digital, a été complexe. Trouver les bons outils pour le faire comprendre reste un challenge.

Et quelle a été la première victoire qui t’a fait dire « OK, je suis sur la bonne voie » ?
Le bouche-à-oreille qui prend de l’ampleur. Les femmes en parlent autour d’elles, et cela rayonne naturellement. C’est un signal extrêmement positif. Mais ce qui me touche le plus, ce sont les remerciements. J’ai monté plusieurs entreprises, mais c’est la première fois que les clientes me remercient autant. Cela prouve que notre service a un réel impact.

Parle-nous d’une journée type dans ta vie de boss. À quoi ressemble l’une de tes journées ?
Aucune journée ne se ressemble vraiment. Je commence toujours par mon rôle de maman, en emmenant mes enfants à l’école. Ensuite, je rentre à la maison et prends un petit-déjeuner tout en triant mes mails. C’est seulement après que je pars au bureau pour rejoindre mon équipe. Mes journées sont rythmées par de nombreux appels, souvent courts, pour expliquer notre vision à des partenaires ou des potentielles clientes. Je programme rarement des déjeuner, pour garder de la flexibilité face aux imprévus. En général, je m’occupe des aspects opérationnels toute l’après-midi, avant de redevenir « taxi » pour mes enfants. Je continue mes appels en voiture et essaie d’intégrer un moment de sport dans la journée. Le soir, après le dîner des enfants, je reprends souvent mon travail pour quelques heures, puis je me détends en regardant une série.

Ce n’est pas ta première entreprise, mais ce sont des produits totalement différents. Comment cela impacte-t-il ta manière de manager ?
C’est une différence fondamentale par rapport à mes expériences précédentes. Ce projet ressemble davantage à ma première entreprise, mais dans un contexte complètement différent. Le monde a changé, et cela demande de repenser les choses.
Ce qui est galvanisant, c’est de travailler sur un sujet qui aide réellement les gens. Cela nourrit mes proches et moi-même d’une manière différente. Les émotions que l’on ressent en aidant les autres sont uniques, et cela motive également mon équipe.

Si tu devais donner une compétence qui a fait ta réussite, laquelle serait-elle ?
La curiosité.

Quelles compétences as-tu dû acquérir sur le terrain, qui ne figurent pas dans un CV traditionnel ?
La vente. Et Excel. On sous-estime toujours à quel point on aura besoin d’Excel en tant qu’entrepreneuse !

Quelle est ta plus grande force en tant qu’entrepreneuse ?
La résilience, et ma capacité à tenir sur le long terme.

En tant que femme entrepreneuse, as-tu rencontré des obstacles spécifiques ?
Oui, et je serais malhonnête de dire le contraire. J’ai vécu cela en tant que jeune entrepreneure. La jeunesse est aussi un frein, mais cela s’applique aux deux sexes. Cependant, les chiffres parlent d’eux-mêmes : il existe encore des inégalités flagrantes entre les hommes et les femmes en matière d’entrepreneuriat.

Quel impact espères-tu avoir sur la société à travers ton entreprise ?
D’abord, améliorer le pouvoir d’achat des femmes, tout en leur permettant de prendre soin d’elles sans perdre d’argent. Je veux leur offrir des solutions pour qu’elles puissent tester et trouver ce qui fonctionne vraiment pour elles.
Ensuite, accumuler suffisamment de données pour mieux orienter les femmes sur des solutions adaptées à leurs besoins de santé spécifiques.

Si tu devais donner un conseil aux jeunes entrepreneuses d’aujourd’hui, quel serait-il ?
Bien s’entourer et ne pas rester seule. Il ne faut pas avoir peur de l’ambition, ni hésiter à se lancer sur des marchés d’une taille significative. C’est bien de travailler sur un sujet qui nous touche, mais il faut que le marché soit viable pour éviter de se retrouver bloqué. Et quoi qu’il arrive, créer une entreprise sera toujours un point positif sur leur CV. Alors, il faut oser prendre le risque.
Enfin, je pense que c’est important de le dire, être entrepreneuse est tout à fait compatible avec une vie de maman. Cela demande de l’organisation et de l’aide, mais c’est tout à fait possible !

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