C’est qui Carole Juge-Llewellyn ?
Chez C’est Qui La Boss ?, nous avons reçu en interview Carole Juge-Llewellyn, fondatrice de Joon. Il y a près de neuf ans, elle décide de se lancer sur un marché déjà concurrentiel, avec une ambition : proposer une approche différente, notamment autour de la transparence, de la traçabilité et du service.
Au cours de notre échange, elle revient sur les réflexes qui l’ont aidée à construire sa marque : comment trouver sa place face à la concurrence, définir un positionnement vraiment différenciant et éviter de se lancer simplement pour reproduire ce qui existe déjà.
La concurrence n’est pas forcément votre ennemie
Pour Carole Juge-Llewellyn, la concurrence n’est pas nécessairement un mauvais signe. Au contraire, elle peut indiquer qu’il existe une véritable demande.
« Si vous voulez vous lancer, ne fuyez pas forcément les marchés très concurrentiels. Un marché concurrentiel veut dire qu’il y a un marché. S’il n’y a pas de concurrence, c’est parfois plutôt mauvais signe. Quand il y a beaucoup d’acteurs, votre enjeu est de trouver votre différence. »
Pour elle, le véritable enjeu n’est donc pas de trouver un marché vide, mais de trouver la place que l’on peut y occuper.
Construisez votre marque autour d’un vrai manque
Lorsqu’elle crée Joon, Carole Juge-Llewellyn ne cherche pas simplement à lancer une nouvelle marque. Elle observe d’abord ce qui manque à son marché.
« Quand j’ai créé Joon, j’avais identifié un vrai vide autour de la transparence, de la traçabilité et du service. Si vous voulez lancer une marque, regardez ce qui existe déjà et demandez-vous ce qui manque réellement. C’est là que vous pourrez construire une proposition différente. »
À ses yeux, une bonne idée ne consiste donc pas seulement à proposer quelque chose de nouveau, mais à répondre autrement à un besoin qui existe déjà.
Soyez transparente sans culpabiliser vos clients
La transparence est rapidement devenue l’un des piliers de Joon. Mais Carole Juge-Llewellyn refuse d’en faire une arme contre les autres marques.
« Si vous voulez défendre la transparence, faites-le sans culpabiliser les gens. Je n’ai jamais voulu qu’un parent se dise : “Si tu utilises autre chose que Joon, c’est que tu es un mauvais parent.” »
C’est pour cette raison que Joon a fait le choix de publier ses propres analyses, sans publier celles de ses concurrents.
« On a toujours publié les nôtres, et le fait de les publier d’une manière très holistique et très bienveillante a naturellement fait que les consommateurs chez nous étaient contents, et que ceux qui étaient chez les autres ont demandé aux marques de publier les leurs. »
Une stratégie qui a contribué, selon elle, à faire évoluer progressivement les pratiques du secteur.
« Quand les marques refusaient ou ne répondaient pas, soit les consommateurs étaient déçus et venaient chez nous, soit ils continuaient d’insister. C’est ça qui a permis de faire évoluer le marché. »
Soyez très intense sur votre positionnement
Pour Carole, le positionnement ne peut pas être une réflexion secondaire. Dans un marché saturé, c’est ce qui permet à une marque d’exister.
« Si vous entreprenez, soyez très intense avec votre positionnement. Quand il y a beaucoup d’acteurs, ça vous oblige à trouver quelque chose de précis et de fondamentalement différent de ce qui existe. »
Ne créez pas une entreprise pour faire la même chose qu’un autre
Carole se montre particulièrement catégorique sur la question de la copie.
« Si vous voulez entreprendre, je trouve ça intéressant de vous demander ce que vous allez apporter de différent. J’ai toujours un peu de mal à comprendre qu’on ait envie de monter une boîte pour faire la même chose que quelqu’un d’autre. Je ne vois pas vraiment l’intérêt. »
Pour elle, une marque doit donc avoir sa propre proposition de valeur, plutôt que simplement reproduire un modèle qui fonctionne déjà.
« Dans une industrie, si chacun prend un positionnement qui est clair, il y a de la place pour tout le monde. »
Si vous êtes une femme, voyez plus grand
Carole Juge-Llewellyn termine sur un conseil qu’elle adresse spécifiquement aux femmes entrepreneures.
« À une femme, et ça je le dirais exclusivement aux femmes : rajoute systématiquement un zéro à ton business plan. Les femmes ont tendance à faire des business plans “good girl”, là où les hommes ont tendance à être plus ambitieux. »
Une manière pour elle d’encourager les femmes à ne pas construire leurs projections uniquement à partir de ce qui leur paraît raisonnable ou atteignable aujourd’hui.
Mais Carole tient aussi à rappeler que l’entrepreneuriat ne doit pas devenir une nouvelle injonction.
« L’entrepreneuriat peut avoir des vertus merveilleuses, mais pas que. Je suis toujours ravie de mettre en avant les freelances et les salariés. L’entrepreneuriat, ce n’est pas pour tout le monde. »
Et si elle devait finalement résumer sa vision de l’entrepreneuriat en quelques mots, elle serait très claire :
« Soyez très honnête avec votre marché, soyez très intense avec votre positionnement, ayez un objectif précis. »
Pour Carole Juge-Llewellyn, entreprendre ne consiste donc pas seulement à avoir une bonne idée. Il faut comprendre son marché, savoir ce que l’on veut changer et surtout avoir le courage de prendre une place qui n’appartient qu’à soi.
Découvrez ici tous nos autres secrets de Boss !