Pourquoi les femmes sont pénalisées quand elles font du networking (et comment y remédier)

On pourrait croire qu’en 2025, voir une femme gravir les échelons professionnels sans s’excuser à chaque marche serait la norme. Spoiler alert : ce n’est toujours pas le cas. L’ambition féminine reste un concept qui dérange, et ce n’est pas qu’une impression. Dès qu’une femme adopte des stratégies proactives pour booster sa carrière – comme le networking –, elle se retrouve sous le feu des jugements implicites et explicites.

Pourquoi ? Parce que les dynamiques de pouvoir et les stéréotypes de genre sont bien ancrés. Historiquement, les sphères d’influence professionnelle ont été dominées par les hommes. Le networking, en reliant des individus à des ressources et à du pouvoir, remet en cause ces mécanismes de domination. Résultat : quand une femme s’implique activement dans ce jeu de connexions, elle est perçue comme suspecte.

Les codes du pouvoir : un terrain de jeu inégal

Quand un homme passe ses soirées à serrer des paluches et à discuter business autour d’un whisky hors de prix, il est vu comme un stratège, un leader, un type qui sait se placer. Une femme qui fait la même chose ? Elle est ambitieuse mais… opportuniste, manipulatrice, ou tout simplement “pas à sa place”.

La recherche scientifique montre que les femmes qui construisent des réseaux centrés sur des individus de haut statut sont perçues comme cherchant à accumuler des ressources à leurs propres fins – au détriment du collectif. Alors que, chez les hommes, ce même comportement est valorisé. Une femme qui tente d’accéder aux sphères d’influence n’est donc pas juste une professionnelle qui veut progresser, mais une “intruse” qui dérange l’ordre établi.

En plus, la perception de la compétence varie selon le genre :

  • Avec l’âge et l’expérience, les hommes sont perçus comme plus compétents. Les femmes ? Moins sympathiques et souvent moins bien notées sur leur performance.
  • Un homme qui plaisante en réunion est vu comme confiant. Une femme qui fait de l’humour est considérée comme moins sérieuse.
  • Un homme qui parle avec enthousiasme est charismatique. Une femme est trop bavarde, voire impolie.

Ces biais, souvent inconscients, expliquent pourquoi le networking est une arme à double tranchant pour les femmes : il est essentiel pour leur carrière, mais peut aussi les desservir si elles ne naviguent pas habilement dans ces eaux troubles.

Pourquoi le networking ne fonctionne pas toujours pour les femmes

Le problème du networking féminin ne vient pas d’un manque de compétences ou d’efforts, mais bien de freins systémiques et de biais persistants. Voici les principaux obstacles :

1. Le “double bind” : sois sympa, mais pas trop

Quand une femme est discrète et douce, elle risque de ne pas être prise au sérieux. Mais si elle adopte un ton plus affirmé, elle est immédiatement cataloguée comme “autoritaire” ou “pushy”. Ce paradoxe, connu sous le nom de double bind, rend le networking particulièrement délicat pour les femmes : elles doivent constamment ajuster leur attitude pour éviter d’être soit invisibles, soit jugées trop agressives.

2. La “menace du stéréotype” : la peur de mal faire… qui fait mal faire

Les femmes qui jouent le rôle de “broker” dans un réseau (celles qui mettent en relation différentes personnes) sont moins performantes que les hommes dans cette position. Non pas parce qu’elles sont moins compétentes, mais parce que la peur d’être mal perçues génère du stress, ce qui affecte leur concentration et leur efficacité. En clair : être consciente du stéréotype finit par impacter la performance.

3. Le biais de la connexion : les femmes réseautent différemment

Les femmes sont, en général, excellentes pour tisser des liens. Elles cartographient inconsciemment des réseaux complexes et sont souvent celles qui connectent des personnes autour d’elles. Mais là où les hommes utilisent LinkedIn et d’autres outils pro pour établir des connexions stratégiques, les femmes ont tendance à privilégier des relations basées sur la proximité et la confiance, ce qui peut limiter leur accès aux cercles d’influence.

De plus, elles culpabilisent plus à l’idée de réseauter activement pour leur propre carrière. Résultat : elles sous-investissent cet aspect essentiel de la progression professionnelle, alors que les hommes en font une priorité.

Comment contourner ces obstacles et rendre le networking plus efficace ?

Heureusement, il existe des stratégies pour retourner ces dynamiques en faveur des femmes.

1. Jouer la carte du “third-party tie”

L’une des stratégies les plus efficaces pour les femmes est d’être recommandées par une tierce personne. Une étude a montré que lorsqu’une femme est présentée à un décideur via un intermédiaire, elle a beaucoup plus de chances d’être prise au sérieux que si elle se met en avant seule.

À faire : Cultiver des relations de confiance avec des mentors, sponsors et alliés qui peuvent parler de votre travail et vous introduire dans les bons cercles.

2. Reframer le networking comme un outil collectif

Puisque les femmes sont souvent jugées négativement lorsqu’elles semblent réseauter pour elles-mêmes, une solution est de mettre en avant l’aspect collaboratif de la démarche.

À faire : Positionner le networking comme un échange mutuel de ressources et de soutien. Au lieu de dire “je veux me rapprocher de cette personne pour évoluer”, parler de “comment nous pouvons nous entraider”.

3. Investir les bons espaces de networking

Les femmes sont encore sous-représentées sur LinkedIn et d’autres réseaux professionnels où se prennent les décisions. Il est temps d’y remédier.

À faire :

  • Être active sur LinkedIn : commenter, publier et interagir avec des profils influents.
  • Assister à des événements professionnels où les opportunités se créent.
  • Rejoindre des réseaux de femmes entrepreneures ou cadres qui offrent du mentorat et du soutien mutuel.

4. Networking = travail. Il faut l’intégrer dans son emploi du temps

Le networking n’est pas une tâche secondaire : c’est un investissement stratégique.

À faire :

  • Bloquer du temps chaque semaine pour du networking actif.
  • Maintenir une liste de contacts à relancer régulièrement.
  • Ne pas attendre d’avoir besoin d’un job pour réseauter : c’est un travail de long terme.

Le networking n’est pas “sale”, ni une pratique réservée aux hommes ambitieux. C’est un levier indispensable pour faire avancer sa carrière et il est temps de casser les codes qui rendent cet outil moins accessible aux femmes.

En comprenant les biais en jeu, en s’entourant des bonnes personnes et en adoptant des stratégies adaptées, les femmes peuvent tirer pleinement parti de leur réseau – sans culpabiliser, sans s’excuser, et surtout, sans se limiter.

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